Au pays des aveugles 2

Dans la secrète alcôve, le temps travaille ainsi: désunis les amants surexposent leur détresse.

Je ne peux plus mettre de mots à ta place. Ne peux retrouver ceux qui te manqueraient encore. L’origine de ton monde marquera notre chute.

Moi qui pensais t’avoir montré le ciel, machinalement toujours plus tu t’enfonces. Tu t’engloutis. Dans l’impossible image, le mirage absolu. La terrible blessure.

Tout d’un coup tu t’abîmes, parfait petit robot, prisonnier consentant des nombres et des mesures. Une grossière machine. Tu redeviens de plomb. Destin de petit d’homme. Captif et fier de l’être.

Ainsi en sera-t-il.

Au pays des aveugles (pour Jeanne)

Et voilà. C’en est fait. Fin de la traversée. Last exit to dead end.

Retour au fucking  no man’s land qu’un temps j’ai cru laisser. Derrière. Pour gagner l’autre rive. Avec toi.

Le ressac. Encore encore et encore. Chaque fois plus dévastateur. Moi toujours plus stérile.

Dans tout ce gris du port et les boues infamantes, je n’attendrai pas la fin de l’orage. Je ne laisserai pas ta rage m’abimer le portrait. Fin du cinéma.

Déjà tu te détournes. Déjà tu fais naufrage.

Chaordre

Ne  pas succomber à la tentation de  la belle image,  du fétiche.

Par nature ça doit rester en travail, entre ombre et lumière, là où -comme le dit Artaud- « il ne reste plus à l’homme qu’à reprendre sa place, entre les rêves et les événements ».

 

Instantané

Juste la rencontre. Le lieu de l’instant. Où  deux zéros, touchés, se lâchent à l’infini. Quand d’une boite à musique revenue  de l’enfance -d’un trou par où ça passe-, une note libérée nous précipite alors au coeur du prototype. Le vif même de notre nature résonnante. Cristalline. Dans la présence. D’avant le (cruci)fi(x)ction.