Du corps / De l’objet

Je pense que l’art avant d’exister en soi existe politiquement, historiquement, économiquement…. qu’il est développé et interprété d’une certaine manière dans une société donnée.

…le problème que je me pose est à la fois du corps et de l’objet puisque je crois que c’est d’ une certaine manière ce que tente d’éliminer et de détruire la société dans laquelle nous sommes, soit en nous recouvrant d’objets et en détruisant les corps, soit en exaltant certaines parties du corps et en éliminant la totalité de ce qui est l’individu, qui est d’une certaine manière le désir.

Michel Journiac

Catharsis

« Si le théâtre double la vie, la vie double le vrai théâtre… la métaphysique, la peste, la cruauté, le réservoir d’énergies que constituent les mythes, que les hommes n’incarnent plus, le théâtre les incarne. Et par ce double, j’entends le grand agent magique dont le théâtre par ses formes n’est que la figuration, en attendant qu’il en devienne la transfiguration. C’est sur la scène que se reconstitue l’union de la pensée, du geste, de l’acte. Et le double du théâtre c’est le réel inutilisé par les hommes de maintenant. »

Antonin Artaud / Lettre à Jean Paulhan

Third mind

« Information speeded up, slowed down, permutated, changed at random by radiating the virus material with high-energy rays from cyclotrons, in short we have created an infinity of variety at the information level, sufficient to keep so-called scientists busy forever exploring the «richness of nature.» »

« L’ information accélérée, ralentie, permutée, changée au hasard en irradiant le virus avec des rayons de haute énergie émis par les cyclotrons, en bref, nous avons créé une infinité de variétés au niveau de l’information, suffisantes pour que les soi-disant scientifiques soient occupés à explorer à jamais la «richesse de la nature» »

W.Burroughs/ Brion Gysin The third mind

Les corps monstrueux de l’État

Il y a quelque part encore des peuples et des troupeaux, mais ce n’est pas chez nous mes frères, chez nous il y a des États.

État, qu’est-ce que cela ? Allons ! ouvrez vos oreilles, je vais vous parler de la mort des peuples.

L’État, c’est le plus froid de tous les monstres froids. Il ment froidement et voici le mensonge qui rampe de sa bouche : « moi l’État, je suis le peuple ».

C’est un mensonge ! Ils étaient des créateurs ceux qui créèrent les peuples et qui suspendirent au-dessus des peuples une foi et un amour : ainsi ils servaient la vie. Ce sont des destructeurs ceux qui tendent des pièges au grand nombre et qui appellent cela un État : ils suspendent au-dessus d’eux un glaive et cent appétits.

Partout où il y a encore du peuple, il ne comprend pas l’État et il le déteste comme le mauvais œil et une dérogation aux coutumes et aux lois.

– Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra

Été sans fin

« Il n’est pas de hasard,
Il est des rendez-vous,
Pas de coïncidence,
Allez vers son destin,
L’amour au creux des mains,
La démarche paisible,
Porter au fond de soi,
L’intuition qui flamboie,
L’aventure belle et pure,
Celle qui nous révèle ,
Superbes et enfantins,
Au plus profond de l’âme. »

Étienne Daho/L’ouverture

Une question d’angle

« La pensée archipélique convient à l’allure de nos mondes. Elle en emprunte l’ambigu, le fragile, le dérivé. Elle consent à la pratique du détour, qui n’est pas fuite ni renoncement. Elle reconnaît la portée des imaginaires de la Trace, qu’elle ratifie…

Nous nous apercevons de ce qu’il y avait de continental, d’épais et qui pesait sur nous, dans les somptueuses pensées de système qui jusqu’à ce jour ont régi l’Histoire des humanités, et qui ne sont plus adéquates à nos éclatements, à nos histoires ni à nos moins somptueuses errances.

La pensée de l’archipel, des archipels, nous ouvre ces mers. »

 Édouard Glissant/Traité du Tout-Monde (1997)